Ce blog est consacré à la lutte contre la violence et le harcèlement en milieu scolaire. Tous ensemble, nous pouvons faire une différence.
Une importante étude, réalisée au début des années 60 par des scientifiques, nous donne un aperçu de cette perte de l’instinct d’autoprotection chez les femmes. Ils effectuèrent des expériences sur les animaux afin d’étudier « l’instinct de fuite » chez l’être humain. Dans l’une d’elles, ils grillagèrent la moitié droite du fond d’une grande cage, de sorte qu’un chien placé dans cette cage recevait une décharge électrique chaque fois qu’il marchait sur ce côté. Le chien apprit rapidement à se tenir du côté gauche de la cage.
On grillagea ensuite la partie gauche du fond, en laissant la partie droite sans décharges électriques. Le chien se réorienta rapidement et apprit à se tenir du côté droit. On grillagea alors la totalité du fond de la cage, de sorte que les décharges étaient susceptibles de survenir n’importe où, quelle que soit la position occupée par le chien. Celui-ci, désorienté au début, paniqua bientôt, puis finit par « laisser tomber ». Il ne tenta plus d’échapper aux décharges et resta allongé, les subissant quand elles se produisaient.
Ce n’était pas terminé. On ouvrit la cage. Les scientifiques s’attendaient à ce que le chien s’échappe. Ce ne fut pas le cas. Bien qu’il eut la possibilité de sortir à tout moment, le chien continuait à rester allongé et à recevoir des décharges électriques au hasard. Les scientifiques en déduisirent qu’un animal exposé à la violence va tenter de s’adapter au problème, de sorte que, lorsque la violence va cesser ou qu’il pourra retrouver sa liberté, son instinct de fuite s’en trouvera considérablement diminué et il restera là.
Extrait de « Femmes qui courent avec les loups » de Clarissa Pinkola Estés, format livre de poche, page 337.
Je suppose que tous ceux d’entre vous qui aiment les animaux ont eu de la peine pour le chien en lisant ce passage. Il s’agit en effet d’une expérience cruelle mais en même temps, je la trouve éclairante car j’ai été dans la même situation que ce chien (et je suppose que si vous lisez ce blog, c’est aussi votre cas ou celui d’un de vos proches). Quand on est exposé à des actes de violence pendant trop longtemps, on finit par perdre tout ou partie de son « instinct de survie ».
Le même phénomène se produit avec la violence conjugale : souvent, des femmes battues par leur compagnon ne se révoltent que quand le compagnon s’en prend à leurs enfants. Les personnes harcelées sur leur lieu de travail ou qui doivent subir des brimades à caractère sexuel ou homophobe peuvent devenir plus ou moins catatoniques, même si elles souffrent toujours autant. Quand on vit dans une culture où les survivantes de viol ne sont pas prises au sérieux, une femme violée hésite à porter plainte car elle sait qu’on lui reprochera d’avoir « provoqué l’agression ». Quand un comportement violent est « normalisé » et quand on prive la cible de toute porte de sortie, celle-ci finit par perdre son instinct de survie.
Alors, que faire ? Personnellement, je crois que les plus grands combats se déroulent à l’intérieur de nous-mêmes. Les gens qui sont ou ont été harcelés ont en eux un chien traumatisé mais ils doivent à tout prix rassurer ce chien et lui faire comprendre qu’il existe réellement une porte de sortie et qu’il doit s’enfuir et se soustraire aux décharges électriques. On peut tous guérir notre chien intérieur !
Enfin, je crois que les proches des survivants ont un rôle important à jouer. Il est toujours facile de dire : « t’avais qu’à demander à changer d’école » ou « mais pourquoi tu t’es pas défendu-e ? » mais les choses s’avèrent bien différentes quand on doit soi-même subir des brimades. Mieux vaut déculpabiliser l’autre. On peut dire beaucoup de choses pour remonter le moral des survivants du harcèlement mais je crois que la chose la plus importante à dire, c’est : « ce n’était pas de ta faute ». Vous ne reprocheriez jamais à un chien d’avoir été agressé, alors pourquoi feriez-vous cela avec un être humain ?
Guérir, ça peut prendre du temps, mais on peut tous y arriver. Donnons-nous en la peine.
Ps : j’ai trouvé l’image ici. Merci, morguefile.com