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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 18:29

Cet article traitera d’un phénomène que j’ai observé dans mon collège mais que je n’ai jamais retrouvé dans aucun livre traitant du harcèlement scolaire (et j’en ai lu pas mal). Je n’ai aucune donnée précise à vous livrer concernant ce phénomène, aucune statistique, juste mes souvenirs. Voici ce dont je me souviens.

 

J’avais onze ans quand je suis entrée en sixième, en l’an de grâce 1990. C’était un collège privé bcbg qui avait une bonne réputation mais j’ai vite constaté qu’il y avait une guerre ouverte entre les sixième et les cinquième. En effet, beaucoup de cinquième s’acharnaient régulièrement sur les sixième, les bousculaient dans les couloirs, se moquaient d’eux, les traitaient de bébés ou encore critiquaient leurs tenues. « Espèce de petit sixième » était l’insulte la plus répandue.

 

Dans un monde parfait, les sixième auraient organisé la résistance contre les cinquième et fait front pour que le harcèlement cesse. Malheureusement, ça ne s’est pas passé comme ça. Beaucoup de sixième ont trouvé logique de passer leurs nerfs sur la petite intello timide qui débarquait, à savoir moi, ou sur d’autres sixième discrets. J’ai été harcelée à la fois par les sixième et par les cinquième et j’en ai bavé.

 

Je n’oublierai jamais une rencontre étrange que j’ai fait un jour sur les pelouses de l’établissement. Une fille m’a demandé gentiment si on m’embêtait, si j’avais des amies, et m’a informée qu’elle non plus n’en avait plus. Elle était en cinquième, ce qui m’a sidérée. J’étais tellement habituée à être traitée comme une saleté par tous les cinquième que sa douceur m’a mis du baume au cœur. Avec le recul, je me demande si elle n’essayait pas de me proposer une amitié, et je regrette maintenant de ne pas l’avoir proposé moi-même. Dans tous les cas, je ne me souviens même plus de ton prénom mais si tu lis ces mots (tu étais brune, très calme, aimant lire, en région lilloise et probablement née en 1978), sache que je ne t’ai jamais oubliée et que tu m’as redonné foi en l’espèce humaine !

 

Fermons la parenthèse. Plusieurs mois plus tard, je suis entrée en cinquième et j’ai constaté avec effroi que beaucoup de personnes de ma classe se mettaient à harceler les sixième. Métaphoriquement, celles et ceux qui venaient de monter d'une marche s'attaquaient aux personnes qui prenaient leur place sur la marche la plus basse. J’ai vu une fille qui en avait elle-même bavé employer cette insulte abhorrée, espèce de petite sixième. Pour elle, c’était logique : elle en avait bavé alors qu’elle était innocente, il fallait maintenant qu’elle punisse une autre innocente pour perpétuer cette chaine de haine et de bêtise. Ceux et celles qui voulaient briser la chaine en épargnant les sixième étaient minoritaires. 

 

Je n’ai rien pu faire. Je sais que ça n’aide personne de dire cela mais personnellement, je ne connais aucun remède contre le cas particulier du harcèlement en escalier. Je ne sais même pas si ce phénomène est répondu ou non. C’est pour cela que je profite de cet article pour vous demander des pistes : si vous savez comment lutter contre ce type de harcèlement, ce serait sympa de laisser un commentaire. Si vous avez le temps, j’aimerais aussi que vous répondiez à mon petit sondage.

 

Merci d’avance !

 

 

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 18:49

Les gens qui harcèlent osent rarement l'avouer par la suite, pour diverses raisons. Cependant, le site Madmoizelle a réussi à réunir le témoignage de plusieurs anciennes harceleuses. Je vous conseille l'article, il est très intéressant.

 

Cliquez ici.

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 18:33

J’ai trouvé un très beau texte, à cette adresse. En voici la traduction :

 

 


Les bullies se donnent toujours des raisons qu’ils considèrent comme valables pour harceler et maltraiter leurs cibles. C’est toujours de la faute des autres. Les petites brutes pensent que leurs excuses et justifications devraient les dispenser de faire face aux conséquences de leur comportement.

 

Ils sont profondément narcissiques et se bercent d’illusions.

 

Qu’est-ce qui ne va pas dans ces histoires ?

 

*          Walter bousculait les jeunes enfants à l’école. Il les attaquait dans les couloirs, dans la cour, dans la cafeteria et dans les toilettes. Walter prétextait que les autres enfants n’étaient pas assez gentils avec lui et que de toute façon, ils exagéraient la douleur qu’il leur causait. Le directeur savait que Walter n’était pas sympathique et que son père le maltraitait mais qu’il ne pouvait pas porter plainte pour ce genre de maltraitances. La stratégie anti-harcèlement du directeur consistait à demander aux autres enfants de se montrer plus compréhensifs envers Walter, d’être plus gentils avec lui et d’attendre qu’il soit sorti de ses problèmes.

 

*          Sonja était connue comme la fille la plus vicieuse de l’école. Quelques filles, qui admiraient son apparente assurance ou avaient peur d’elle, obéissaient à ses ordres. Elles l’aidaient à faire des remarques sarcastiques à propos des autres filles, les bousculaient, les harcelaient et se moquaient de toutes les particularités physiques ou mentales qu’elles appelaient des « défauts ». Sonja prétendait que les autres filles avaient commencé en se montrant méchantes avec elle et qu’elles méritaient ce qui leur arrivait. De toute façon, elle ne faisait que s’amuser un peu. Le directeur savait qu’en fait, Sonja manquait terriblement de confiance en elle et que ses parents la critiquaient continuellement. Rien de ce qu’elle faisait n’était jamais assez bon pour eux. La méthode anti-harcèlement du directeur consistait à encourager les cibles de Sonja à se montrer plus compréhensives avec elle, à essayer de gagner son affection et son amitié et à attendre qu’elle apprenne à être gentille, en dépit des exemples désastreux que lui montraient ses parents.

 

Dans les deux cas, ces directeurs avaient accepté les excuses que Walter et Sonja avaient données. Ils avaient également accepté les explications psychologiques et socialement acceptables du comportement de ces enfants comme des excuses et des justifications afin que rien ne leur retombe sur le nez. Ils souffaient déjà assez comme ça chez eux.

 

Dans les deux cas, les directeurs avaient changé leurs cibles en victimes.

 

Il n’y eut pas de conséquences pour Walter et Sonja : pas d’heures de colles, pas de renvois. Comme rien ne leur arrivait, ils n’avaient aucune raison de changer. En fait, comme ils avaient le droit de continuer à harceler, ils étaient en position de force à l’école.

 

En plus de ne rien faire pour protéger les élèves, les directeurs n’essayèrent pas une seule fois d’inciter les élèves à se regrouper pour lutter contre le harcèlement. Quand les gens ne peuvent pas amener les autorités responsables pour les protéger, ils n’ont plus le choix qu’entre des possibilités très simples : se soumettre aux petites brutes ou former des groupes d’autodéfense pour assurer eux-mêmes la justice. Evidemment, ces directeurs les punissent, même s’ils n’ont jamais rien fait à Walter et Sonja.

 

Le message qu’on peut tirer de ces histoires est que même si on peut avoir de la sympathie et de la compréhension pour les excuses, justifications et problèmes des brimeurs, il nous faut quand même faire en sorte qu’ils cessent de harceler.

 

Evidemment, pour expliquer mon point de vue, j’ai simplifié les cas présentés. Mais le problème est simple. Les complications et difficultés signifient simplement qu’il nous faut simplement nous montrer plus déterminés et plus astucieux pour mettre en place un plan efficace. Mais ces complexités ne changent pas la direction qu’on doit prendre. Elles peuvent vouloir dire qu’en tant que parent, on peut devoir faire pression  et faire parler des directeurs qui ne font rien contre le harcèlement.

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 10:02

J’ai remarqué que dans tous les cas de harcèlement qui m’ont été soumis, la même chose se produit : les témoins estiment régulièrement que la cible est plus ou moins coupable lors de l’agression. On blâme l’enfant ou l’adolescent harcelé pour avoir été harcelé. D’ailleurs, j’en ai déjà parlé ici.

 

Le blâme peut prendre des formes diverses. On peut très bien reprocher à l’enfant agressé d’être timide, d’avoir peu d’amis pour le protéger, d’avoir une attitude provocante, de ne pas savoir se défendre, de ne pas ignorer l’agresseur pour qu’il se lasse, de faire des histoires pour peu de choses, etc. Parfois, le reproche est cousu de fil blanc, comme par exemple quand on reproche à un élève de se montrer bruyant alors que d’autres élèves sont nettement plus bruyants. Cependant, c’est une constante qui revient toujours.

 

Et cette attitude de blâme ne se retrouve pas que dans les cas de harcèlement : dans notre société, on a toujours tendance à blâmer les victimes. Notre voisin nous fait savoir qu’on lui a volé sa voiture ? On a peur que la même chose nous arrive et on se rassure en pensant « oh, c’est sa faute à lui, il n’avait qu’à la garer ailleurs, à moi ça ne m’arriverait jamais ». On lit dans les journaux qu’une femme s’est fait violer dans le quartier ? « Mais ça doit être une allumeuse, pourquoi prend-elle le risque de sortir de chez elle en jupe courte après huit heures du soir ? » Et ainsi de suite.

 

Et cette attitude de blâme a un effet pervers : en voyant qu’on la blâme, la victime a tendance à penser qu’effectivement, elle mérite plus ou moins d’être agressée. D’ailleurs, de nos jours, le mot victime est devenu plus ou moins péjoratif : on pense tout de suite à une personne faible, molle, passive, crédule et stupide. Le mot coupable est devenu presque moins insultant. C’est pour cela que sur mon blog, je parle toujours de cible.

 

Mais pourquoi un enfant est-il harcelé plutôt qu’un autre ? Bonne question. D’après ce site (en anglais, partiellement traduit en français ici), les harceleurs visent en priorité des enfants polis et respectueux, qui n’aiment pas la violence et préfèrent résoudre tous les problèmes en dialoguant. Ce sont des qualités que les adultes apprécient énormément chez les enfants et il est vraiment triste que l’on blâme les personnes pacifiques pour avoir des réactions de personnes pacifiques dès que quelqu'un se met à les harceler.

 

Je ne le dirai jamais assez, il n’y a que les gens faibles et stupides qui ressentent le besoin d'agresser. Il est temps qu’on arrête de blâmer les enfants harcelés pour des crimes qu’ils n’ont pas commis.

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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 11:12

Voici un texte dont m’a fait cadeau un bon ami à moi, qui est passé par la case ‘harcèlement’. Il décrit très bien ce qui se passe dans les collèges. Merci, Tim.

 



On est dans une classe de 3ème, on arrive à un cours de technologie, comme toute les semaines c'est la pagaille, le professeur n'a aucune autorité sur cette classe où les élèves ont une sale mentalité.


Deux élèves, L et C, ont un an de retard et sont en quelque sorte les maîtres de la classe, L est le plus fort physiquement et C est son bras-droit, pendant le cours ils bavardent beaucoup et le professeur leur demande de se calmer, alors C, le plus insolent des deux, lui dit que tout le monde parle pendant le cours et qu'il est en classe pour foutre le bordel, L lui emboîte le pas et ils narguent ouvertement le professeur, allant même jusqu'à l'insulter, et les autres élèves, ceux qui travaillent bien notamment rigolent de la situation, car L et C sont des exemples à suivre puisqu'ils s'affranchissent de l'autorité du professeur.


Le professeur, se sentant rejeté par le comportement nocif de la classe décide de ne pas pousser plus loin la conversation.


Puis le chahut reprend dans la classe, les élèves se contrefichent du cours, mâchent des chewing-gum en sachant que c'est interdit, voilà donc pour l'ambiance qui règne. Cependant un élève ne s'amuse pas de la situation, il s'appelle S, et il craint les cours de technologie par dessus tout, car c'est l'anarchie la plus complète et qu'il est le souffre-douleur de la classe.


C s'ennuie un peu alors il sort un élastique l'enfile entre les jambes d'un compas et commence à claquer différents projectiles en direction de S, et d'autres élèves rigolent en voyant ça. C'est au tour de L de se lever et de venir renverser les affaires de S qui décide de le dénoncer au professeur, sur ce, les autres élèves se mettent à traiter de menteur S tout en rigolant tant ils sont fier du mal qu'ils font à S. Ils considèrent que C et L ont tous les droits dans la classe, y compris d'avoir quelqu'un à écraser, à détruire.


Pendant les travaux pratiques qui suivent, S n'ose pas travailler à cause des outils dangereux et d'un éventuel accident dont il pourrait être la victime, car il le sait, ses agresseurs L et C ont tous les droits sur lui, même de le blesser irrémédiablement.


Résultat il se prend un zéro mais trouve que c'est mieux que d'essayer d'avoir une note correcte dans ces conditions.


A la sortie il se fait encore agresser et rentre ensuite chez lui, il a terminé la semaine, il va comme tout les week-ends regarder des séries télés pour oublier son horrible cours de technologie, dans sa classe épouvantable, que son professeur principal considère comme une classe exemplaire.


Il n'a qu'une envie c'est que l'année scolaire se termine pour tourner la page, mais ce sera dur.

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 14:44

 Prenons une classe de cinquième pendant un cours de géographie (par exemple). Le professeur distribue les copies qu’il vient de corriger et beaucoup de notes sont mauvaises. Un élève appelé A (parce que j’ai la flemme de trouver des noms aujourd’hui) ramasse sa copie et fait la grimace. Il pense : « Aïe, ça fait mal, je ne m’y attendais pas ! Mon père va faire la gueule, c’est sûr. Voilà ma journée qui commence mal. Aïe, aïe, aïe ! Bon, courage, ce n’est pas la fin du monde. Je suis bon en gym et en biologie, après tout, je peux encore sauver ma moyenne. Et puis, B est fort en géographie, je vais lui demander de m’expliquer ce que je n’ai pas compris. S’il refuse, ce ne sera pas grave, je demanderai à C. Et puis, je bosserai un peu plus la prochaine fois. Comme ça, j’aurai une meilleure note. »

 

Un autre élève appelé D ramasse sa copie et constate qu’il a lui aussi une mauvaise note, ce qui crée chez lui les pensées suivantes : « Aïe, ça fait mal, je ne m’y attendais pas ! Mon père va faire la gueule, c’est sûr. Je suis sûr que le prof me haït, c’est un pourri ! Et c’est tellement injuste que B et C soient bien notés. Ces fayots, ils m’agressent avec leurs bonnes notes, c’est pas normal qu’ils soient mieux notés que moi ! Dès qu’on sort de cours, je vais aller tabasser B, ça va me défouler. Ou plutôt non : je vais tabasser E : c’est le plus petit et le plus inoffensif de la classe. Après tout, il n’y a pas de raisons pour que je sois le seul à avoir une matinée pourrie ! »

 

Vous l’avez sans doute compris, de ces deux élèves, D a un profil type de harceleur tandis qu’A est un élève agréable, équilibré et apprécié de ses camarades. A possède une bonne intelligence émotionnelle tandis que D est à la fois déconnecté de ses propres émotions et des émotions des autres. Il perçoit autrui comme une menace et ne sait pas communiquer autrement que par l’agression, et cela se manifeste en permanence, pas uniquement quand un professeur distribue des copies. En outre, son attitude brutale entraîne naturellement des réactions de crainte et de méfiance chez ses camarades, qui évitent naturellement d’interagir avec lui. Du coup, il traîne uniquement avec des ados qui ont le même profil psychologique que lui et ensemble, ils s’enfoncent dans leurs propres défauts. Si un élève tente de leur apprendre à communiquer de manière positive, ils prennent cela pour une agression et rejettent cette main tendue. Ils n’apprennent rien, et leur comportement ne fait que nuire à la classe.

 

Evidemment, il faut lutter contre le harcèlement scolaire dès qu’il se présente. Mais personnellement, je pense qu’il serait encore mieux d’apprendre dès le plus jeune âge aux enfants à développer leur intelligence émotionnelle afin de faire en sorte que le moins d’enfants possibles ne deviennent de petites brutes. Paraît-il que dans certains pays, cela se pratique déjà dans les salles de classe, parfois dès la maternelle. Je me demande ce que cela pourrait bien donner en France…

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 10:37

On m’a souvent posé les mêmes questions bien après le collège : « Comment as-tu pu laisser faire ça ? », « comment as-tu pu trouver normal d’être harcelée » et « C’est si facile de se débarrasser de quelqu’un qui vous embête, qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? »

 

Je pourrais poser les mêmes questions à ceux qui m’ont pourri la vie : « Comment as-tu pu me faire ça ? », « Comment as-tu pu trouver normal de harceler quelqu’un qui ne t’a rien fait ? » et « C’est si facile de laisser les autres tranquilles et de s’occuper de sa propre vie, qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? » Mais je suppose que ces questions peuvent obtenir des réponses détaillées et en rapport avec le contexte correspondant. Les voici.

 

Dès la naissance ou presque, nous sommes tous conditionnés. Nos parents, nos proches et les médias nous montrent ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. Or, on ne parle presque jamais aux enfants du harcèlement scolaire, sauf en termes très vagues tels que « n’agresse pas », « défend-toi » ou « ignore-les si on t’embête ». Ce genre de conseils n’aide pas dans la réalité.

 

Les médias nous offrent une vision complètement faussée du harcèlement entre élèves. Dans les dessins animés et les séries-télé, si un enfant ou un adolescent est harcelé par ses camarades, cela dure à peine le temps d’un épisode. L’enfant finit généralement par dire « fous-moi la paix ! » à son agresseur, qui le laisse tranquille à jamais, même s’il est deux fois plus costaud que lui. Evidemment, cela ne se passe pas ainsi dans le monde réel : l’agression peut s’étendre sur des mois, parfois sur des années, et un enfant harceleur, dépourvu de sens moral, s’avère complètement indifférent à ce genre d’injonctions.

 

Dans les rares cas où les actes de harcèlement sont présentés comme s’étendant sur une longue période, l’enfant fictif ne souffre d’aucune séquelle psychologique. On le montre parfois s’écriant « oui, on m’a fait souffrir mais ça m’a rendu plus fort ! J’ai envie de remercier ceux qui m’ont agressé. » Dans le monde réel, les séquelles psychologiques du harcèlement peuvent être profondes et durables.

 

On peut ajouter à cela que dans ces fictions, les adultes sont considérés comme complètement inutiles. Un élève spectateur n’y dénonce jamais ses camarades de classe. S’il le fait, c’est la honte pour lui et tout le monde le blâme, y compris ses parents et/ou professeurs.

 

Prenez un enfant normal, poli, honnête et intelligent, et faites-lui regarder ce genre de programmes pendant des années. Laissez-lui entendre à la fois que le harcèlement est une bénédiction, que les enfants harcelés sont forcément des faibles qui l’ont cherché et que dénoncer, c’est mal. Ensuite, faites-le entrer dans une cour d’école et demandez à un enfant déséquilibré, agressif et dysfonctionnel de lui pourrir la vie (ce qu’il fera sans hésiter, croyez-moi). Et essayez d’entrer dans la tête de l’enfant qu’on harcèle.

 

Personne ne l’a préparé à cela, absolument personne. Comme on lui a fait comprendre depuis longtemps que les enfants qui demandent de l’aide aux adultes sont des « fayots » méprisables, il ne demande l’aide de personne. Comme la télévision lui a fait croire qu’on peut très bien venir à bout du harcèlement tout seul, il essaie de se débrouiller seul. Evidemment, ça ne marche pas. Perdu, il constate que personne ne lui vient en aide (parce que tous ses proches ont été conditionnés pour croire que les gens harcelés n’ont pas besoin d’être aidés, que s’ils ne s’en sortent pas tous seuls, ce sont des faibles méprisables et que de toute façon, cela le rendra plus fort). Il finit par croire qu’il a réellement mérité d’être agressé et que si on ne lui tend pas la main, c’est parce que c’est lui le coupable dans l’histoire. Parfois, ce genre de situation peut aller jusqu’au suicide.

 

On est tous conditionnés dès la naissance. Ce qu’il faudrait, c’est briser ce conditionnement.

 

Et le point de vue de l’agresseur, me direz-vous ? Nous verrons cela une prochaine fois…

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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 14:39

bully-10.jpg

Merci au Groupe Arthur pour l'image.

 

Au commencement est l’éducation. Dès la maternelle, on demande aux enfants d’être « gentils » les uns avec les autres, de demander gentiment au voisin de lui prêter ses jouets plutôt que de les lui prendre, de s’expliquer gentiment et poliment dès qu’il y a un problème.

 

Un enfant poli et à l’écoute des autres, qui préfère le dialogue à la violence et qui a une âme de pacifiste reçoit toujours l’admiration des adultes. On dit souvent de lui qu’il est mûr et intelligent.

 

Cependant, tous les enfants ne sont pas gentils. Quand un bébé de un an essaie de prendre la tétine d’un autre et pleure quand on l’en empêche, il n’y a pas encore de quoi s’inquiéter. Quand un ado de quinze ans vole les rollers de son voisin et crie à l’injustice quand on le lui reproche, il y a un problème quelque part. Des ados qui agissent avec la maturité d’un enfant de quatre ans, il y en a énormément. Ce sont eux qui posent problème.

 

Ne me demandez pas ce qui pousse un enfant à devenir un bully. Je ne le sais pas. Ce que je sais, c’est ce qui se passe dans une cour de récréation, quand un enfant déséquilibré en agresse un autre. À la base, l’agresseur se sent très mal, mais au lieu d’essayer de régler le problème qui se trouve en lui, il pourrit la vie d’une autre personne afin de pouvoir se dire « au moins, untel est plus malheureux que moi. » Quand on le lui fait le reproche, il s’invente de fausses excuses telles que « il est moche », « il m’a provoqué », « je n’y suis pour rien » ou « on m’a tabassé quand j’avais son âge, il faut que je tabasse quelqu’un maintenant. »

 

Les élèves qui assistent à ce genre d'agressions interviennent rarement, pour des raisons qui vont de la peur à la cruauté, en passant par l'ignorance et la stupidité. Il arrive souvent que des spectateurs prennent le parti de l'agresseur ou se 'cachent' derrière lui pour harceler à leur tour, par cruauté ou parce qu'ils recherchent ce qu'ils prennent pour de la sécurité.

 

Les enfants visés sont souvent les plus pacifistes de l’école. L’élève cible ne comprend évidemment pas pourquoi on l’agresse puisqu’il n’a rien fait. Souvent, il essaie d’abord de résoudre le problème en dialoguant, sans forcément comprendre qu’un agresseur de cour d’école est trop stupide pour accepter de dialoguer. Il constate que personne ne l’aide pour des raisons diverses (les élèves spectateurs ont peur de se faire taper dessus ou croient qu’il est facile de se débarrasser d’un bully, on fait courir des rumeurs qui laissent entendre qu’il ne mérite pas qu’on l’aide…) et se sent perdu. Essaie-t-il de frapper son agresseur pour perdre enfin son étiquette de « poltron » ? L’agresseur le frappe encore plus fort ou se met à pleurnicher et rameute un adulte responsable, lequel se laisse berner et punit la vraie cible, sous le regard ravi de l’agresseur.

 

On laisse trop souvent entendre que les élèves agressés sont « peureux, faibles, mous et passifs ». En fait, personne ou presque ne saurait comment réagir dans leur situation. Le harcèlement en entreprise entraîne des suicides chaque année. Il ne faudrait pas s’étonner de ce que le harcèlement scolaire tue et empêche des élèves souvent très brillants de réussir leurs études et d’apporter leur potentiel à la France.

 

Souvent, on dit aux cibles de « se défendre », sans leur expliquer comment on fait pour se défendre. On leur dit aussi souvent de « les ignorer », méthode qui ne fait qu’empirer les choses : un agresseur de cour d’école a justement pour but de mettre sa cible en rage, et si la cible ne réagit pas, l’agression empire. On laisse entendre à la cible qu’il est facile de se sortir de ce genre de situation (ce qui n’est pas le cas, évidemment) et que s’il n’y arrive pas, cela veut dire qu’il ne vaut rien. Perdu, l’enfant peut sombrer dans la dépression.

 

Il faut aussi savoir que les élèves qui demandent de l’aide aux adultes sont souvent méprisés et traités de « fayots » et de « balances » dans les cours de récréation. L’enfant cible ne sait plus comment réagir. Son côté pacifiste, qui jusque là suscitait l’approbation, provoque soudain le mépris de son entourage. Il ne le sait peut-être pas, mais ce n’est pas lui le faible dans l’histoire. Seuls les faibles ressentent le besoin d’agresser.

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